Arrêtons de tout mettre sur le dos du stress
Au-delà du stress, l’écoute du symptôme: ce que la souffrance nous apprend
Je dois dire que je suis aujourd’hui de plus en plus sidérée par l’attitude des médecins face aux symptômes qu’ils ne savent pas expliquer.
On parle de “stress” comme d’un fourre-tout moderne, une sorte de diagnostic paresseux qui dispense de penser le corps, l’histoire et le sujet. On dit : “c’est le stress” comme on dirait “c’est la météo” — vague, impersonnel, et surtout scientifiquement imprécis.
Ce qui manque aujourd’hui n’est pas seulement des solutions médicales : il manque une précision de compréhension du corps et de ce qu’il exprime. Nous avons une médecine extrêmement performante pour mesurer, localiser et quantifier — mais beaucoup moins rigoureuse pour penser les liens, le temps, la mémoire corporelle et la logique interne des symptômes.
Quand les bilans sont “normaux”, on se retrouve souvent dans un vide : ni malade au sens biologique, ni réellement entendu dans ce que l’on traverse. Le message implicite devient : “Si on ne trouve rien, il n’y a rien.” À défaut, on bascule fréquemment vers l’hypothèse d’un “problème de santé mentale” — et hop, un petit cachet fera l’affaire pour étouffer le malaise vécu. Cette absence de cadre explicatif est parfois plus violente que le symptôme lui-même, parce qu’elle laisse la personne seule avec son expérience et ses questions. (sauf si elle prend des cachets, auquel cas elle risque surtout de ne plus rien ressentir, ni même se souvenir: mais est-ce vraiment une solution ?)
Le corps réagit à une histoire, à des traces, à des états émotionnels inscrits dans le temps (mémoires, blessures, traumas, charges émotionnelles non résolues). Les cheveux qui chutent, les migraines, l’insomnie, les boutons, les angoisses, l’anxiété, le burnout et surcharge, … ne sont pas des caprices biologiques : c’est le corps qui garde la trace, ce sont des manifestations d’un équilibre en mouvement, parfois différées, parfois déplacées, toujours cohérentes si on les regarde dans leur continuité.
Le problème n’est donc pas seulement médical — il est aussi épistémologique : nous manquons d’une science du corps comme système vivant, sensible, mémoriel et régulateur. Qui ne cherche plus uniquement les causes immédiates et visibles, qui arrête de négliger la dynamique fine qui relie physiologie, vécu et temporalité.
Entre psychanalyse et yoga, je vois chaque jour la même chose : quand la parole se déplie et que la respiration se pose, le corps trouve d’autres voies pour s’exprimer — moins bruyantes, moins violentes, plus vivables. Ce n’est pas une “solution magique”, mais une transformation précise du rapport au corps et au symptôme.
Il ne s’agit ni de nier les apports de la médecine, ni de romantiser la souffrance, mais de reconnaître qu’il existe une autre manière de faire , tout aussi réelle et nécessaire. Une médecine où le sujet n’est pas seulement objet de diagnostic ou de traitement, mais acteur d’un travail de compréhension et de transformation.
C’est dans cette articulation que peut advenir une autre médecine : une médecine qui ouvre un espace où la souffrance peut être pensée, traversée et transformée, plutôt que simplement neutralisée.
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Ne vous contentez pas trop vite de la réponse “c’est le stress”. D’abord parce que c’est trop souvent une fausse explication. Cette formule, aussi répandue soit-elle, ferme souvent plus de portes qu’elle n’en ouvre : elle masque ce qui mérite justement d’être interrogé: ce qui est en réalité figé (une charge émotionnelle, un conflit, une mémoire douloureuse).
Ne faites pas l’impasse sur l’analyse: elle est précisément le travail qui permet que ce qui était bloqué se dénoue — et seulement alors, la vie intérieure peut retrouver du mouvement — et c’est dans ce processus que le symptôme peut disparaitre, parce que ce qu’il exprimait aura trouvé à se dire, et qu’un déplacement réel dans la manière de vivre, de ressentir ou de se situer aura eu lieu.
🔎 Par exemple, ma chute de cheveux qui a duré 4ans s’est arrêtée en plein déménagement, à un moment que l’on qualifierait spontanément de “très stressant”. Ce n’était pas le niveau de stress qui était déterminant, mais un déplacement émotionnel plus profond qui s’était opéré grâce à l’analyse, au yoga et à ce que je pourrais appeler un saut quantique dans mon vécu émotionnel.
Et plus largement, ma vie est faite d’une suite de transformations de ce type — parfois brusques, parfois lentes — mais toujours passionnantes à traverser et à comprendre, , expériences que je souhaite à chacun.

